Le dimanche

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Journée familiale par excellence, le dimanche est par définition le cauchemar de la femme seule qui cherche une rencontre sérieuse.

Cette journée pas comme les autres, qui se répète cinquante-deux fois par an, est honnie, bannie, vomie par les solitaires. La technique planning à toute heure y trouve sa pleine justification. Tous les cas de figure envisagés et décrits pour « Tuer le temps » ou « La télé » s’appliquent aussi au jour dit du Seigneur. Sauf que, en prime, le dimanche se compose d’une matinée, d’un après-midi et d’une soirée. Suivant, traditionnellement, un samedi consacré aux activités fondamentales de la semaine quotidienne (courses, magasins et tutti frichti), lui-même suivi d’une soirée réparatrice. Autant dire qu’on aborde le dimanche découragée à l’avance, tant par la perspective de la semaine infernale qui doit recommencer le lendemain que culpabilisée par l’occupation de ce temps qu’il ne faut surtout pas gaspiller. Seule et avec des enfants, la journée ne diffère pas vraiment de celle des familles. Seule sans enfant, c’est une autre chanson.

Cassé brutalement, le rythme infernal des autres jours. Il faut une grande souplesse d’adaptation pour se faire à ces journées lézard et décompresser sans se relâcher. Tout le monde attend le dimanche avec impatience. Tout le monde ruse pour transformer ces heures qui se traînent et s’éternisent en journées différentes, agréables.

Pour les familles, c’est l’occasion de se retrouver, de se consacrer enfin le peu de temps que les agendas volent pendant la semaine. Pour les femmes seules, c’est le jour où l’on sait que les autres sont disponibles. Comment s’en sortir pour ne pas se retrouver seule et désemparée ?

Voici quelques occupations dominicales, non exhaustives mais assez classiques. Qui excluent, bien entendu, le weekend avec des amis faisant figure de vacances.

Vous êtes seule. C’est encore dimanche. Qu’allez-vous faire ?

Le brunch

Il est devenu à la mode. Contraction de deux mots anglais « breakfast » qui veut dire petit déjeuner, et « lunch » qui désigne le déjeuner, il s’agit d’un repas pris sur le tard et qui permet de se restaurer sans soucis culinaires. Jus d’orange, thé ou café, croissants, œufs sur le plat ou brouillés et autres gâteries vite faites ou achetées toutes préparées, à savourer à plusieurs, en tennis élimées. C’est la formule relax. Sociale et décontractée. Vous pouvez l’organiser chez vous si vous avez un peu de place, ou dans un des nombreux lieux à la mode qui s’en occupent depuis quelques années. Le brunch n’est pas sectaire. Les convives peuvent avoir de six mois à quatre-vingt- dix ans. Ce peut être l’occasion de réunir des gens très différents, qui seront ravis de se rencontrer et de rompre avec la désolante routine dominicale. Sur fond musical et tenue négligée, il mêle les joies de l’improvisation calculée au plaisir de la convivialité. Tel le réveillon démoniaque, le dimanche est la journée de l’année qui multiplie à l’infini les « Qu’est-ce qu’on va faire ? » dans tous les foyers et toutes les catégories sociales. Sauf chez les solitaires sans interlocuteur, qui s’organisent à l’avance. Enfin une manifestation mondaine, originale et bon marché. Enfin une occasion de recevoir sans logistique d’enfer. Avec enfants, vous invitez des gens avec enfants, et tout le monde est content. Sans enfants, vous pouvez parfaitement mélanger les genres. Comme vous êtes une hôtesse attentive et attentionnée, vous avez toujours au fond d’un placard une provision de couches-culottes, de sucettes et quelques jouets bon marché pour que les charmants mouflets jouent dans le couloir ou dans la chambre à coucher sans venir tirer la manche de Papa ou Maman toutes les cinq minutes en geignant : « Quand est-ce qu’on rentre à la maison ? »

Mais attention, le brunch ne s’improvise pas à la dernière minute. Pas question d’appeler à 11 heures du matin des amis pour leur proposer de venir s’alimenter légèrement —• ils auront déjà fait d’autres projets.

Un brunch par mois, c’est déjà douze dimanches casés. Pour les quarante autres, on verra plus tard. Quoique… Si vous n’invitez pas toujours les mêmes, l’effet boomerang fonctionnera peut-être et vous recevrez en échange une invitation. Dans ce cas, flairez bien le terrain. Pas question de se laisser piéger par le couple avec enfants qui n’invitera que vous et avec lequel vous serez obligée de vous traîner toute la journée de forêt en pâtisserie jusqu’à la télé. Une fois par an, à la limite, pourquoi pas 1 Mais faites preuve de modération, toute dose supérieure est toxique pour le moral. La carte brunch est aussi jouable avec quelques membres de votre famille. Pas tous, cependant. Les réunions familiales excluent tout dialogue et échange véritables. Eh brunchant avec votre sœur d’abord, avec vos parents après, vous saurez qui ils sont vraiment et vous pourrez parler. Avoir une vraie conversation.

Maintenant, si vous avez surtout envie que la journée passe le plus vite possible, sur fond sonore et convivial mais sans effort, reste la solution repas de famille.

Le repas de famille

Ah non ! rempochez donc ces soupirs et cet œil exaspéré. Une fois par semaine, cela n’a rien de déshonorant de se retrouver avec des individus, que l’on n’a pas choisis, certes, mais avec lesquels on a grandi et qui connaissent suffisamment bien vos qualités et vos défauts pour que vous puissiez vous laisser aller sans avoir l’impression de déchoir. Le repas de famille est un rituel dominical auquel on doit pouvoir souscrire sans qu’il soit systématique, avec plaisir et bonne humeur.

Neutraliser l’ennemi si l’on n’a pas envie de parler de soi et de sa vie qui préoccupe toute la tablée — c’est normal, ces gens vous aiment et ont envie que vous soyez heureuse — est facile. Il suffit de demander comment va la tante Odette, malade depuis des armées. Tout le monde se lancera dans sa petite anecdote et commentera abondamment ses maladies imaginaires, les vertus de son médecin. Évidemment, un œil courroucé et désapprobateur vous fera sentir que vous auriez au moins pu lui écrire, lui téléphoner ou passer la voir — « Ça lui ferait tellement plaisir, la pauvre, elle demande toujours de tes nouvelles. » Ne vous attardez pas sur la réflexion soupçonneuse : « Qu’est-ce qu’ils racontent sur moi quand je ne suis pas là ? » Ils parlent de vous à tous les coups. Ils critiquent, déplorent, s’indignent sur votre manque de chance ou se révoltent que vous ne pensiez qu’à votre carrière, mais à leurs yeux vous existez. Et vous comptez.

Les repas de famille, a priori tout le monde s’en plaint et regrette que la journée soit bloquée, « alors qu’on aurait pu faire autre chose pour une fois ». Le syndrome n’est pas l’apanage des célibataires. Mais, en même temps, tout le monde adore se retremper dans ces bouffées d’enfance et de futilités. Et puis, quand le repas de famille pèse des tonnes, on peut toujours en profiter pour régler de vieux comptes et secouer un peu la torpeur ambiante. Agresser pour pimenter un peu l’atmosphère. Par courtoisie, inutile de forcer la dose. Mais, avec la famille, on peut se permettre des incartades aux règles du jeu de la société. Vous pouvez parler de vos aigreurs d’estomac, des petits bobos physiques qui vous malmènent et qui, votre médecin mis à part, n’intéressent personne d’autre.

Quant à la petite sieste du dimanche en famille, c’est le comble du luxe. Autant elle peut être redoutable et engluante quand elle est faite à domicile ; autant le réveil en sursaut, quand il fait encore jour et qu’on ne sait plus où on est ni comment meubler le reste du dimanche, a des incidences nauséeuses et désagréables quand il n’y a personne pour vous parler ; autant il est bon de s’étirer un grand coup et de retrouver un fil de conversation sans intérêt prêt à vous saisir au passage.