Le dossier du week-end

amour après le travail

Ou comment travailler à son rythme pour gagner du temps pendant la semaine.

boire un café au travail avec un collègue

Évidemment, si vous avez refusé d’exercer des responsabilités professionnelles, ce procédé de remplissage dominical ne vous concerne pas. Lisez-le tout de même pour bien sentir les vertus et les gratifications que vous pourriez retirer de l’investissement dans la boulothérapie.

S’installer à la table de la salle à manger ou de la cuisine avec une journée devant soi (sans être dérangée toutes les cinq minutes) pour résoudre tranquillement, en pyjama et devant une bonne tasse de café, un dossier épineux que l’on a eu seulement le temps de survoler pendant la semaine est un plaisir directorial et présidentiel.

D’abord, cela vous donne une importance évidente. A vos yeux et aux yeux de ceux auprès desquels vous pourrez soupirer : « Quelle chance tu as ! Moi, j’ai passé le week-end à travailler ! »

Ils n’ont pas besoin de savoir que vous n’aviez rien d’autre à faire, et encore moins que vous y avez pris un plaisir fou. La règle et l’a convention veulent que, lorsqu’on parle de son travail, on soupire. Même si c’est passionnant, il est hors de question de dire « J’ai passé un week-end formidable à travailler ! » On adore son boulot, c’est entendu, mais on est toujours considérée comme suspecte quand on y accorde plus de temps que le minimum imposé. Surtout quand on vit seule. Confier à des oreilles géographiquement proches d’une bouche médisante que votre travail est un de vos passe-temps préférés, c’est quand même vous exposer à la pitié et à la commisération de vos proches ou de vos collègues. Dans le cas de vos collègues, vous aurez en outre droit à d’autres qualificatifs tels que arriviste, lèche-machin, frustrée et autres noms d’oiseaux. Comment voulez-vous faire comprendre la volupté que vous éprouvez à travailler quand tout le monde se repose ?

Comprenons-nous bien : que vous ayez pris un dossier à étudier ne comporte, en soi, nulle obligation de vous y atteler dès l’aurore pour y travailler jusqu’à l’aube. Simplement, si vous n’avez ni envie de sortir ni envie de traînasser toute une journée, vous avez à portée de main le prétexte idéal anticulpabilité. Rien ne vous empêche d’ouvrir un œil et de vous dire « C’est trop tôt, je n’ai pas envie de travailler » pour replonger avec délices dans la grasse matinée ainsi volée. Idem pour la sieste. En principe, rien ne vous oblige même à ouvrir ce fichu dossier. Vous pouvez vous contenter de le mettre en évidence et de lui jeter de temps en temps un regard mauvais.

Vous pouvez aussi, si vraiment il est indispensable que le travail soit accompli pour le lundi matin, embarquer le tout dans votre lit et y réfléchir, bien calée contre deux oreillers. Dans ce cas, poussez légèrement le plateau du petit déjeuner, et évitez les miettes entre les feuilles et les taches de beurre. Ça ne fait pas très sérieux.

Si vous avez la bougeotte et si vous êtes incapable de travailler chez vous, vous avez toujours la solution bureau. Vous aurez pris soin, si vous n’avez pas la clé, de la demander le vendredi soir à qui de droit. Vous serez étonnée de rencontrer des collègues en jean et en sweat-shirt, avec lesquels s’établiront complicité et connivence. Ou il n’y aura personne, et vous en profiterez pour passer vos coups de téléphone à l’étranger, faire le classement indispensable qui vous fera gagner du temps pendant la semaine, ou simplement goûter au plaisir d’être seule maîtresse à bord.

Arriver sur les lieux de travail en tenue négligée, éprouver le plaisir de mettre en marche le compteur et la machine à café ; rencontrer d’autres solitaires qui ne vivent d’ailleurs pas forcément seuls mais préfèrent le dimanche au bureau au dimanche à la maison est assez satisfaisant du point de vue narcissique. En sortant, vous pourrez toujours vous jeter dans une salle de cinéma sur le chemin du retour ou passer récupérer les enfants que vous avez abandonnés chez votre mère ou votre belle-sœur, sans pour autant vous sentir une mère indigne puisque c’était pour votre travail et que vous ne pouviez vraiment pas faire autrement !